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HACCP

Traçabilité des produits en restauration : les règles et la pratique

Traçabilité alimentaire en restaurant : ce qu'impose le règlement 178/2002, ce qu'il faut conserver, comment étiqueter un produit déconditionné et réagir à un rappel.

ÉS
Équipe Shiftop · 21 septembre 2026 · 9 min de lecture

Un fournisseur vous appelle un jeudi matin : un lot de volaille livré la semaine dernière est rappelé. Trois questions arrivent dans la foulée. Avez-vous reçu ce lot ? Qu’en avez-vous fait ? Reste-t-il quelque chose en chambre froide ?

Si la réponse à la première question est « je ne sais pas », les deux suivantes n’ont pas de réponse non plus. C’est exactement ce que la traçabilité sert à éviter — et c’est aussi la pièce du plan de maîtrise sanitaire la plus souvent défaillante en contrôle.

Ce que la réglementation demande, en clair

Le règlement européen (CE) n°178/2002 pose le principe : la traçabilité des denrées alimentaires doit être établie à toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution.

Pour un restaurant, cela se traduit par une exigence concrète et limitée, souvent appelée règle du « pas en arrière, pas en avant ». Vous devez pouvoir identifier d’où vient chaque produit que vous recevez. En revanche, comme vous servez au consommateur final, vous n’avez pas à tracer individuellement chaque assiette servie.

C’est une bonne nouvelle : l’obligation est beaucoup plus légère que ce que beaucoup imaginent. Elle n’en est pas moins ferme.

Le règlement (CE) n°852/2004, lui, impose la mise en place de procédures fondées sur les principes HACCP et la conservation des enregistrements correspondants. La traçabilité est l’une des trois composantes obligatoires du plan de maîtrise sanitaire, aux côtés des bonnes pratiques d’hygiène et de l’étude HACCP elle-même — nous détaillons cet ensemble dans notre guide sur le plan de maîtrise sanitaire.

Les deux gestes qui font toute la traçabilité

À la réception : garder l’identité du lot

Chaque produit livré porte une étiquette fournisseur avec un numéro de lot et une date de durabilité. C’est ce couple qui permet de répondre à un rappel.

En pratique, trois approches coexistent en cuisine :

  • Le classeur d’étiquettes. On décolle et on colle sur une feuille datée. Ça marche, tant que quelqu’un le fait tous les jours.
  • Le bon de livraison conservé. Utile pour la comptabilité, souvent insuffisant pour la traçabilité : le bon ne porte pas toujours les numéros de lot.
  • La photo de l’étiquette, rattachée à la date et au fournisseur. C’est le geste le plus rapide — quelques secondes — et le seul qui reste retrouvable un an plus tard sans fouiller un carton.

Quelle que soit la méthode, le critère est le même : pouvoir retrouver un lot précis en quelques minutes, pas en une après-midi.

Au déconditionnement : apposer une date secondaire

Dès qu’un produit quitte son emballage d’origine, la date limite imprimée par le fabricant ne s’applique plus. Il faut lui attribuer une nouvelle date, définie par votre plan de maîtrise sanitaire selon la nature du produit et vos conditions de conservation.

Cette date secondaire ne peut jamais dépasser la date de durabilité d’origine. C’est une règle simple et régulièrement enfreinte, en particulier sur les produits ouverts en fin de semaine.

C’est l’étiquette la plus regardée en contrôle, et celle qui manque le plus souvent. Un feutre sur du ruban adhésif reste légal ; il devient illisible en trois jours de chambre froide, et il ne dit ni qui a étiqueté, ni à quelle heure.

Ce qu’un inspecteur vérifie réellement

Un contrôle de traçabilité ne commence jamais par vos documents. Il commence par une chambre froide ouverte au hasard et un bac pris au hasard.

Trois questions suivent, dans cet ordre :

  1. Ce produit est-il étiqueté ? S’il est déconditionné et nu, la discussion est déjà mal partie.
  2. La date portée est-elle cohérente avec ce que dit votre plan de maîtrise sanitaire pour ce type de produit ?
  3. Pouvez-vous me montrer l’historique ? C’est là que le classeur mal tenu se voit : des semaines complètes manquantes, ou au contraire une régularité trop parfaite pour être vraie.

Ce troisième point mérite qu’on s’y arrête. Des relevés tous remplis de la même écriture, le même stylo, sans aucun trou sur six mois, sont un signal d’alerte pour un inspecteur expérimenté — pas une preuve de rigueur. Un enregistrement horodaté et nominatif, avec ses trous réels et les actions correctives en face, est infiniment plus crédible.

Les produits qui posent le plus de problèmes

Tous les produits ne présentent pas le même risque, et les contrôles se concentrent sur les mêmes familles.

Les produits déconditionnés en grande quantité. Une poche de sauce de 5 kg ouverte le lundi et utilisée jusqu’au vendredi : c’est le cas d’école. Elle doit porter sa date secondaire dès l’ouverture, et cette date doit tenir compte du fait qu’elle est rouverte plusieurs fois par jour.

Les préparations maison. Une sauce, une farce, un fond réalisés en cuisine n’ont aucune étiquette fournisseur. Ils doivent néanmoins porter une date de fabrication et une date limite, définies par votre plan de maîtrise sanitaire. C’est souvent le point faible des cuisines qui travaillent beaucoup en frais.

Les produits transférés d’un contenant à l’autre. Le transvasement fait perdre l’étiquette d’origine. Chaque transfert doit reporter l’information, sans quoi la chaîne est rompue au premier maillon.

Les surgelés décongelés. Un produit décongelé change de régime : sa durée de conservation devient celle d’un produit frais, et il ne peut pas être recongelé. La date portée doit refléter ce changement, pas la date d’origine du surgelé.

Les produits sous vide. Leur durée de conservation dépend directement de la température de stockage, et elle est plus sensible qu’on ne le croit à une chambre froide qui dérive de deux degrés. Voir à ce sujet notre article sur les températures réglementaires en cuisine.

Réagir à un rappel de produit

Les rappels sont publiés sur RappelConso, le site officiel du gouvernement. Y jeter un œil régulièrement fait partie d’une veille raisonnable, surtout sur les familles de produits que vous travaillez.

Quand un rappel vous concerne, la marche à suivre est stable :

  • Isoler immédiatement les produits du lot concerné, physiquement séparés et identifiés comme non conformes ;
  • Vérifier dans vos enregistrements si le lot a été reçu, et en quelle quantité ;
  • Documenter ce qui a été fait : quantité retirée, date, personne, destination ;
  • Informer votre fournisseur, et les autorités compétentes si la situation l’exige.

Cette procédure doit figurer dans votre plan de maîtrise sanitaire, au titre de la gestion des non-conformités. Écrite avant l’incident, elle se déroule en vingt minutes ; improvisée le jour même, elle prend la journée.

Combien de temps conserver les enregistrements

La réglementation renvoie largement à la durée de vie des produits et à ce que prévoit votre propre plan de maîtrise sanitaire. En pratique, la règle prudente consiste à conserver l’année en cours et l’année précédente.

C’est aussi un argument en faveur du numérique : la question « combien de temps garde-t-on » ne se pose plus quand rien n’est jeté et que tout se retrouve par recherche.

Le point de bascule : quand le papier ne suffit plus

Tant que vous recevez trois fournisseurs par semaine et que la même personne réceptionne toujours, un classeur bien tenu fait le travail.

Trois signaux indiquent que ce n’est plus le cas :

Plusieurs personnes réceptionnent. L’habitude se perd dès qu’elle repose sur plusieurs mains, et personne ne sait qui a rangé quoi.

Vous avez plusieurs établissements. Retrouver un lot sur trois sites avec trois classeurs différents relève de l’enquête.

Vous avez déjà cherché une étiquette sans la trouver. C’est le signal le plus fiable. Il ne s’agissait peut-être pas d’un rappel ce jour-là ; la prochaine fois, si.

Passer au numérique ne change pas vos obligations : la photo remplace l’étiquette collée, l’impression remplace le feutre, et l’historique remplace le classeur. Ce qui change, c’est que le geste prend quelques secondes au lieu d’une minute, qu’il est horodaté, et qu’il est nominatif. C’est ce que couvrent notre logiciel de traçabilité alimentaire et l’application HACCP sur tablette de cuisine.

En résumé

La traçabilité en restauration tient à deux gestes : conserver l’identité des lots reçus, et étiqueter tout produit déconditionné avec une date secondaire cohérente avec votre plan de maîtrise sanitaire. Le reste — la procédure de retrait, la durée de conservation, le support — en découle.

Le support est libre. La preuve, elle, ne l’est pas : c’est elle qu’on vous demandera, un jeudi matin, au téléphone.

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