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Comment faire le planning d'un restaurant : la méthode en 7 étapes

Construire un planning de restaurant qui tient : prévoir l'activité, poser les contraintes légales, gérer les coupures, publier et suivre le réalisé. Méthode en 7 étapes.

ÉS
Équipe Shiftop · 21 septembre 2026 · 9 min de lecture

Le dimanche soir, la salle est vide, la caisse est faite, et il reste une chose : le planning de la semaine. Deux heures plus tard, il est envoyé sur le groupe WhatsApp. Le mardi, quelqu’un est malade. Le jeudi, une table de vingt tombe pour samedi. Le planning du dimanche n’existe déjà plus.

Ce n’est pas un problème d’outil, c’est un problème de méthode. Un planning de restaurant n’est pas un tableau qu’on remplit : c’est une suite de décisions qui se prennent dans un ordre précis. Pris dans le désordre, on passe la soirée à déplacer des cases. Pris dans l’ordre, la semaine se construit en vingt minutes et tient jusqu’au vendredi.

Voici cet ordre.

Étape 1 — Partir de l’activité, jamais des personnes

L’erreur la plus courante consiste à ouvrir la grille et à placer les gens. On commence par les fidèles, on bouche les trous avec les extras, et on découvre le jeudi qu’il manque un cuisinier samedi soir.

Faites l’inverse. Avant de penser à qui que ce soit, écrivez le besoin service par service : combien de couverts attendus, donc combien de personnes en cuisine, combien en salle, combien au bar. Votre historique de caisse de l’an dernier à la même semaine vaut mieux qu’une intuition, surtout en saison.

Un besoin s’écrit en postes, pas en noms : vendredi soir — 2 en cuisine, 3 en salle, 1 au bar. Cette ligne-là ne bougera plus de la semaine, même si les personnes changent trois fois.

Étape 2 — Poser les contraintes dures avant d’attribuer

Certaines règles ne se négocient pas, et les découvrir après coup oblige à tout refaire. Posez-les avant de placer le premier shift.

  • 11 heures de repos consécutives entre deux journées de travail. C’est la contrainte qui saute le plus souvent en restauration : une fermeture à 1 h interdit une reprise avant midi.
  • 35 heures consécutives de repos hebdomadaire — 24 heures de repos hebdomadaire auxquelles s’ajoutent les 11 heures quotidiennes.
  • 6 jours travaillés au maximum dans la semaine.
  • 10 heures de travail par jour en principe, avec des aménagements possibles par accord.
  • 48 heures maximum sur une semaine, et 44 heures en moyenne sur douze semaines consécutives.

À cela s’ajoutent vos contraintes propres : durées contractuelles, disponibilités déclarées, congés validés, compétences réelles. Un commis ne remplace pas un chef de partie parce que la case était libre.

Étape 3 — Placer d’abord les postes que personne ne peut tenir

Dans toute équipe, il y a deux ou trois personnes irremplaçables sur un poste donné : le chef de partie chaud, le responsable de salle du samedi, la personne qui sait ouvrir seule. Placez-les en premier, sur les services où elles sont indispensables.

Si vous les placez en dernier, vous découvrirez qu’elles sont déjà à 39 heures avant d’avoir couvert le samedi soir — et vous casserez trois autres shifts pour rattraper.

Étape 4 — Traiter les coupures comme une seule journée

Une coupure, c’est 11 h – 15 h puis 18 h – 23 h. Ce n’est pas deux journées de travail : c’est une journée avec une interruption au milieu.

Trois choses en découlent, et elles sont toutes des pièges.

D’abord, l’amplitude — le temps écoulé entre la prise de poste et la fin de service, coupure comprise — est encadrée par la convention collective. Dans l’exemple ci-dessus, elle est de 12 heures pour 9 heures travaillées.

Ensuite, la coupure n’est pas du temps de travail, mais elle n’est pas non plus du temps libre utile si le salarié habite à quarante minutes. C’est un sujet social autant que réglementaire, et les conventions prévoient souvent des contreparties.

Enfin, le total de la journée est bien la somme des deux créneaux. Sur un tableur, c’est l’endroit où les erreurs s’accumulent silencieusement — nous détaillons ce point dans notre guide sur le modèle de planning restaurant sur Excel.

Étape 5 — Vérifier les compteurs avant de publier, pas après

À ce stade, la grille est remplie et paraît juste. C’est le moment de regarder les totaux, pas la fin du mois.

Pour chaque salarié : le total hebdomadaire est-il conforme à son contrat ? S’il dépasse, de combien, et l’avez-vous décidé ou subi ? Les heures au-delà du seuil légal sont des heures supplémentaires, majorées selon votre convention — notre article sur les heures supplémentaires en restauration détaille le calcul, et un calculateur gratuit en donne la répartition par tranche.

Pour l’établissement : la masse d’heures de la semaine correspond-elle au chiffre d’affaires attendu ? Un ratio qui dérape de dix points se voit à ce moment-là, pas sur le bilan.

Étape 6 — Publier, et prévenir pour de bon

Un planning affiché en cuisine n’est pas un planning communiqué. Chaque salarié doit pouvoir connaître ses horaires sans venir sur place ni demander à un collègue.

Le délai de prévenance en cas de changement est encadré : par le contrat, par la convention collective, et par l’accord d’entreprise s’il en existe un. Prévenir la veille au soir d’un changement du lendemain n’est pas seulement désagréable pour l’équipe, c’est souvent irrégulier.

Un point pratique qui change tout : gardez une trace de la publication et des modifications. Le jour où un salarié conteste un horaire, la question ne sera pas « qu’aviez-vous prévu » mais « que pouvez-vous prouver ».

Étape 7 — Comparer le prévu au réalisé, chaque semaine

C’est l’étape que presque personne ne fait, et c’est celle qui rend les six précédentes utiles.

Le planning dit ce qui était prévu. Les heures réellement travaillées disent autre chose : un service qui s’est prolongé de quarante minutes, une pause non prise, une arrivée en avance pour la mise en place. Sans relevé, cet écart disparaît — jusqu’à ce qu’il réapparaisse en litige.

La loi est d’ailleurs explicite sur ce point : lorsque les horaires ne sont pas collectifs, l’employeur doit tenir un décompte individuel et quotidien du temps de travail, récapitulé chaque semaine. Un planning prévisionnel, quel que soit son support, ne remplit pas cette obligation. C’est le rôle du pointage, que nous détaillons dans notre guide sur le logiciel de pointage en restaurant.

Comparez chaque lundi. L’écart de la semaine écoulée est aussi la meilleure prévision pour la suivante.

Un exemple concret : la semaine d’un bistrot de 40 couverts

Prenons un bistrot ouvert du mardi au samedi, midi et soir, avec une équipe de six personnes : un chef, un second, un commis, un responsable de salle, un serveur à temps plein et un extra le week-end.

Le besoin, écrit en postes (étape 1) : deux en cuisine et deux en salle du mardi au jeudi ; trois en cuisine et trois en salle le vendredi et le samedi soir, où l’on fait 40 % du chiffre de la semaine.

Les contraintes dures (étape 2) : le samedi ferme à 1 h. Personne de l’équipe du samedi soir ne peut donc reprendre avant midi le dimanche — ce qui tombe bien, on est fermé. En revanche, le vendredi soir jusqu’à minuit interdit une prise de poste samedi avant 11 h, et cela contraint la mise en place du samedi midi.

Les postes irremplaçables (étape 3) : le chef est placé sur vendredi et samedi soir avant toute autre décision. Le responsable de salle aussi. Ces quatre services sont figés.

Les coupures (étape 4) : le second et le serveur à temps plein font une coupure du mardi au jeudi, 11 h – 15 h puis 18 h – 23 h. Neuf heures travaillées, douze heures d’amplitude. Sur trois jours, cela fait déjà 27 heures — il reste huit heures avant le seuil des 35.

Les compteurs (étape 5) : à ce stade, le serveur à temps plein est à 27 heures sur trois jours. L’ajouter au vendredi soir et au samedi soir le porte à 41 heures, soit six heures supplémentaires. C’est une décision légitime — à condition de la prendre en connaissance de cause le dimanche, et non de la découvrir en préparant la paie.

C’est exactement là que la méthode paie : l’arbitrage « je prends six heures sup ou j’appelle un extra » se pose au bon moment, avec le chiffre sous les yeux.

Les trois erreurs qui coûtent le plus cher

Refaire le planning de zéro chaque semaine. Vos semaines se ressemblent plus que vous ne le croyez. Dupliquer la semaine précédente puis ajuster prend dix minutes ; repartir d’une grille vide en prend deux heures.

Traiter les extras comme une variable d’ajustement invisible. Ils sont souvent ceux dont les heures sont les moins bien tracées, et ce sont ceux dont les contestations aboutissent le plus facilement.

Attendre la fin du mois pour découvrir les heures supplémentaires. À ce moment-là, elles sont dues. Vues le mercredi, elles pouvaient encore être réparties autrement.

En résumé

Un bon planning de restaurant ne se distingue pas par sa mise en page, mais par l’ordre dans lequel il a été construit : l’activité d’abord, les contraintes ensuite, les personnes en dernier — puis la vérification des compteurs, la publication traçable, et la comparaison avec le réalisé.

Ces sept étapes sont faisables sur papier. Elles deviennent simplement beaucoup plus rapides quand les contraintes de votre convention sont vérifiées pendant que vous construisez la semaine, et non trois semaines plus tard. C’est ce que fait un logiciel de planning pour la restauration.

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